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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/214

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ment en le comblant de ses plus hautes faveurs[1]. » De ces dernières idées serait alors sortie sa nomination au rang de général en chef de l’armée.

Si toutes ces assertions de la tradition ne sont pas exactement vraies en tous points, du moins on peut croire qu’il y a quelque chose de fondé. Il en résulte que Christophe devenait personnellement intéressé au renversement de Dessalines, indépendamment de son ambition de parvenir au pouvoir suprême. Nous connaissons un fait qui ajoute à la vraisemblance de ces assertions, et qui devait encore exciter l’intérêt de Christophe à tout ménager pour arriver à son but : il se passa peu de temps après que Dessalines fût de retour à Marchand, de son voyage au Cap.

Un rapport lui étant parvenu contre un de ces actes de despotisme auxquels Christophe était si enclin, il résolut de le mander immédiatement à Marchand, en disant hautement qu’il le ferait tuer de suite. Dupuy reçut l’ordre d’écrire une lettre à Christophe à ce sujet : l’empereur l’ayant signée, lui dit de l’envoyer par un dragon de ses guides. En cachetant cette lettre, Dupuy, qui se distinguait dans l’état-major impérial par ses sentimens et sa conduite, y ajouta un petit morceau de papier sur lequel il écrivit ces mots : « Répondez que vous êtes malade. » En remettant la lettre au dragon, il lui dit : « Mon ami, apportez cette lettre au général en chef, au Cap. Remettez-la à lui-même, et dites-lui que c’est le capitaine Dupuy qui vous l’a donnée, d’après l’ordre de l’empereur. Avez-vous de l’argent pour faire le voyage ? — Non, capitaine, répondit le dragon. — Prenez cela (4 gourdes), et allez vite. »

  1. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 228, 235 et 237.