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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/204

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naissance, Dessalines fut convaincu de ces dons volontaires : non-seulement Geffrard, mais tous les autres souscripteurs furent ainsi suspectés de mauvaise intention. Quant à Poutu, il fut assez heureux de n’être que contraint à résider à Marchand.

La cause de son arrestation et de son changement de domicile ne put être ignorée de Geffrard : il manifesta publiquement son mécontentement ; car il était trop courageux et trop dévoué à son pays, il avait donné à Dessalines trop de gages de son obéissance, pour ne pas s’irriter en se voyant l’objet de soupçons de trahison. Moreau s’empressa d’en informer l’empereur. Cette affaire fit du bruit : Christophe en eut connaissance, et l’on va bientôt voir comment il exploita cette situation.

Mais en même temps, un autre homme l’exploita aussi : c’était Mentor. Afin de détruire toute prévention contre sa personne dans l’esprit de Dessalines, non-seulement il s’étudiait à s’attirer toute sa bienveillance ; mais il excitait ses passions en approuvant tous ses actes. Il saisit l’occasion de l’affaire de Poutu, pour représenter à l’empereur tous les généraux qui avaient fait la guerre de l’indépendance, comme des hommes qui croyaient avoir autant de droits que lui aux égards et à l’amour du peuple, qui étaient jaloux du haut rang auquel il était parvenu, et qui lui seraient toujours secrètement hostiles : d’où il concluait que la politique de l’empereur devait consister à se faire des créatures par de jeunes généraux, pour les opposer à Christophe, à Pétion, à Geffrard, à

    rille), réclamer des secours de ses compatriotes. Ce jeune homme fit une collecte dans le Sud et dans l’Ouest, et Pétion y contribua personnellement. Cyrille l’envoya par les Etats-Unis, pour faire parvenir cet argent à son père. Je dis à ce sujet ce dont je suis certain.