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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/202

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voulait ni l’habiller, ni la payer, ni la nourrir, aurait-il pensé à faire des dépenses pour les écoles ? Celles qui étaient établies par des particuliers dans diverses villes, sur une échelle restreinte, ne recevaient non plus aucun encouragement : les livres manquaient au pays, et d’autant mieux, que, pendant les vengeances exercées sur les colons, des chefs militaires firent déchirer tous les ouvrages qu’on trouvait dans leurs maisons[1].


Après ces considérations générales sur les institutions, les lois, les actes du gouvernement, passons à ce qui est relatif aux individus.

Le décret du 14 janvier 1804, qui favorisait la rentrée dans le pays des indigènes expatriés, avait porté son fruit : Juste Chanlatte, Lys, Chancy, Delpech, étaient revenus dans le courant de la même année. Vers la fin, David-Troy, Dartiguenave et Bigot arrivèrent aussi : après eux vinrent successivement, au commencement de 1805, Faubert, Poutu, Panayoty, Borno Déléard, Poisson Pâris, Bruno Blanchet aîné, Blanchet jeune, Martial Besse. Presque tous étaient d’anciens officiers sous Rigaud, et venaient de France, d’où ils avaient pu s’échapper par des navires des Etats-Unis[2].

Quoiqu’ils eussent été tous bien accueillis par Dessalines, la mission confiée à Ducoudray et à Mentor était de nature à le porter à réfléchir sur ce que s’était proposé le gouvernement français, sachant surtout l’invariable at-

  1. J’ai vu commettre au Port-au-Prince ces actes de vandalisme, qui furent probablement ordonnés par le colonel Germain Frère. Quoique jeune enfant alors, je me ressouviens encore d’avoir vu un cadavre jeté au milieu de la rue, devant le tribunal civil, avec une foule de livres que des soldats déchiraient : j’ai vu pareille chose dans la rue des Casernes.
  2. Delpech, Chancy, Martial Besse, étaient d’anciens officiers sous Toussaint Louverture.