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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/151

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mais pouvant un jour se lever à son tour pour expulser ces étrangers de son territoire ? Qu’a-t-elle fait en 1808 et 1809 ? Mais, ne devançons pas le temps.

Ce qu’on n’a pas dit dans le document dont nous extrayons le passage cité, c’est que plus d’une victime humaine périt sur la route, par une marche rapide qui épuisait leurs forces ; c’est qu’on en massacra plusieurs, qu’on coupa les jarrets aux bœufs, aux chevaux et autres animaux qui n’allaient pas assez vite, principalement dans la division Gabart. Il fallut toute la générosité des sentimens de Pétion, de Geffrard, de Magloire Ambroise, pour diminuer ces horreurs.

Dans la retraite de la division du Nord, ce fut bien autre chose ! H. Christophe la commandait, c’est tout dire. Trouvant plus de villes et de bourgs sur la route qu’elle parcourait, elle incendia davantage ; elle fit plus de victimes, plus de prisonniers, elle pilla beaucoup plus.

Tous ces prisonniers de tout âge et des deux sexes furent placés, la plupart, sur les habitations des grands de l’empire, de l’empereur. D’autres furent pris, comme domestiques, par des familles aisées, pour leur épargner de plus grands maux : ce furent les femmes, les jeunes filles et les enfans surtout dont on prit soin ainsi[1]. Une partie des hommes furent incorporés dans les troupes, d’autres employés aux travaux des fortifications élevées dans les montagnes, à celles de Marchand surtout.

La population de l’Est, qui n’avait pas eu beaucoup à se louer de l’occupation de son territoire par T. Louver-

  1. Pétion eut pour ces infortunés les plus grands égards. Il engagea les familles du Port-au-Prince à prendre chez elles les femmes, les jeunes filles, les enfans pour en avoir soin. Sa propre femme en eut une très-jeune qu’elle éleva et maria à un oficier, quelques années après.