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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/137

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Oui, sans doute, puisque c’était par de semblables moyens que la France avait perdu sa colonie. C’était pour avoir divisé Rigaud et Toussaint Louverture, afin d’essayer de désunir leurs classes, qu’on en était arrivé ensuite à tenter de vaincre ces deux classes d’hommes, de les soumettre à merci. Si, en 1802, leurs héroïques lieutenans, Pétion et Dessalines, s’étaient rapprochés, entendus pour opérer la fusion de ces deux partis politiques, d’une manière indissoluble et parvenir à l’indépendance de la colonie, rien n’empêchait qu’on n’espérât un résultat contraire, après cette indépendance. En politique, les réactions sont aussi possibles, aussi naturelles que dans l’ordre physique. Le gouvernement français avait donc le droit d’essayer de parvenir à ces fins, et nous signalerons par la suite d’autres tentatives faites dans les mêmes vues. L’histoire ne calomnie point, lorsqu’elle produit des faits à la connaissance de tous[1].

Mais c’était aux hommes auxquels s’adresseraient les deux agents que nous venons de nommer, à comprendre leur devoir envers eux-mêmes, envers la patrie qu’ils avaient fondée pour eux, leur postérité et toute leur race ; c’était à eux à savoir qu’ils ne devaient pas les écouter. C’était aussi au gouvernement haïtien à exercer son droit à l’égard de tels agents, par suite de son devoir envers

  1. Voyez au surplus les pages 29 et 30 du 5e vol. de cet ouvrage, où ce plan a été bien dessiné.

    En 1838, j’assistai à une séance de la chambre des députés où j’eus le plaisir d’entendre plusieurs grands orateurs. Il s’agissait du traité de la Tafna, conclu avec Abd-el-Kader, que l’opposition de diverses nuances attaquait, censurait. J’entendis l’un de ces orateurs reprocher au ministère de n’avoir pas su tirer parti de la situation et des hommes, de n’avoir pas opposé à Abd-el-Kader un autre chef arabe qu’il nomma, pour mieux assurer la domination de la France en Algérie ; et cet orateur est l’un des hommes dont la doctrine est considérée comme la plus morale ! Je compris alors que c’était une chose permise, que le divide et impera est un moyen praticable.