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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/129

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naient du domaine à titre de ferme. Leur présence eût été d’un meilleur effet sur l’esprit des cultivateurs, que tous les règlemens de police, que toutes les mesures de contrainte et de rigueur employées contre cette classe utile de véritables producteurs. Mais les anciens propriétaires avaient perdu depuis quinze ans, par suite des révolutions, l’habitude de diriger eux-mêmes les travaux de la culture ; la plupart devenaient, depuis l’indépendance, des fonctionnaires publics dans les villes. Quant aux chefs militaires, également fonctionnaires ou retenus sous les drapeaux de leur corps, il ne leur était pas plus facile de séjourner sur les biens qu’ils tenaient à ferme. De là la nécessité de confier la direction des travaux agricoles, à d’anciens cultivateurs conducteurs d’ateliers sous les colons, devenus des gérants pour les propriétaires ou les fermiers : illettrés, habitués eux-mêmes dans l’ancien régime à voir employer la contrainte, à croire que c’était l’unique moyen de production, ils devaient y persévérer quand le gouvernement lui-même et ses officiers supérieurs, en général, étaient convaincus de l’efficacité de ce régime. Les officiers inspecteurs des cultures, ceux de la gendarmerie, ne pouvaient pas voir les choses d’un autre œil que leurs chefs supérieurs. Tous enfin étaient encore trop voisins du régime colonial, de celui de Toussaint Louverture qui l’avait restauré, de celui essayé sous Leclerc et Rochambeau, pour ne pas continuer ce système de violence. Qu’on joigne à ces habitudes du despotisme brutal, le peu de lumières répandues dans la société, et l’on s’expliquera aisément toutes ces mesures coercitives contre les cultivateurs.

Le 22 décembre, une ordonnance fut publiée sur le mode d’affermage des biens du domaine. Ils étaient don-