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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/102

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de cent mille piastres, qu’ils avaient payée par crainte d’une invasion immédiate. La crainte n’assure point l’autorité. Ces habitans étaient mécontens. C. Thabarrès, l’un des députés, mulâtre natif de cette partie, avait reçu le commandement de Saint-Yague ; n’ayant pas de troupe haïtienne avec lui, il avait formé un bataillon, composé d’anciens esclaves noirs et mulâtres pris sur les habitations : ce qui mécontenta de nouveau les propriétaires.

Le général Ferrand, sachant cela, envoya l’adjudant-commandant Deveau à la tête d’une centaine de soldats européens qui se recrutèrent en route des mécontens ; il surprit Thabarrès et s’empara de Saint-Yague, le 14 mai. À cette nouvelle, le général Toussaint Brave eut ordre de se porter contre cette ville d’où Deveau s’enfuit précipitamment à son approche, avec la plupart des habitans. Le 26 mai, le général haïtien y entra ; mais il l’abandonna et retourna au Fort-Liberté, emmenant avec lui Thabarrès et son bataillon. Sans doute, il avait reconnu que les sentimens des populations du Cibao étaient hostiles au pouvoir de Dessalines.

Deveau ne tarda pas à revenir à Saint-Yague ; mais, loin de protéger les habitans, il organisa le pillage de leurs propriétés. Ses exactions furent telles, qu’ils se soulevèrent contre lui, le firent prisonnier et le renvoyèrent à Ferrand, en lui demandant un autre chef. Ce général fut assez adroit pour nommer un noir de la Véga, nommé Serapio Reynoso : celui-ci rallia les habitans et toute la population aux Français. Ferrand nomma d’autres chefs pour les autres villes ou bourgs de ce département, qui échappa ainsi au pouvoir de Dessalines, parce qu’il n’avait pas employé des moyens convenables.