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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/94

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Rigaud s’est dispensé de rendre, au général en chef et à l’agent, les comptes qu’il leur devait. »

Et nous avons cité les nombreuses lettres de Rigaud à Roume, déjà rendu au Cap, l’entretenant de toutes les parties du service public !

À propos de celle du 19 mai, de T. Louverture à Rigaud, si insultante, si provoquante, Roume dit :

« Le général en chef, poussé à bout par le sentiment d’une juste indignation, a fait imprimer une lettre très-dure contre le général Rigaud, mais dont l’intention n’était visiblement que d’amener une explication suivie d’un raccommodement. C’était le prétexte que désirait le général Rigaud : dès-lors ses menées secrètes se sont changées en préparatifs publics. Il n’avait à choisir, s’il eût été fidèle aux lois de la République, qu’entre l’un de ces deux moyens : il fallait qu’il s’empressât de se justifier (des inculpations d’assassin, de voleur, etc.), auprès de son chef, ou qu’il donnât sa démission, s’il répugnait trop à lui obéir… »

Ne l’avait-il pas demandée trois fois à Roume ? Ce n’est pas tout : poursuivons.

« La lettre de l’agent Hédouville est infamante pour Rigaud ; car si l’agent n’avait pas eu la plus grande défiance relativement à son civisme, se serait-il enfui de la colonie en abandonnant le poste important confié à sa responsabilité ? Ne se serait-il pas transporté aux Cayes, avec les trois frégates et la multitude de militaires qui l’accompagnaient ? Soutenu par le général Rigaud et l’armée des Cayes, n’aurait-il pas proclamé les arrêtés nécessaires pour la destitution de l’ancien général (T. Louverture), la nomination du nouveau et la convocation de tous les vrais républicains de Saint-Domingue, et des îles voisines ? Avec des forces si majeures, n’aurait-il pas marché contre un