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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/481

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Quoique satisfaits au fond du cœur, les colons conçurent des inquiétudes pour leurs jours : la population noire pouvait se ruer contre eux qui étaient favorisés par le gouverneur, si elle venait à être persuadée que, loin de se présenter comme protectrice, l’armée française était destinée à river ses fers. De même que les autres blancs employés dans l’administration, ils pouvaient encore tout redouter de la part de T. Louverture lui-même, si, menacé dans son pouvoir, il prenait la résolution de soulever cette population : son hypocrisie, sa perfidie connue, quand il s’agissait de son autorité, légitimaient ces inquiétudes.

T. Louverture qui, cependant, n’avait aucun dessein contre les blancs, se décida néanmoins à publier une proclamation, le 27 frimaire (18 décembre), pour rassurer les esprits. Nous ne la possédons pas ; mais nous trouvons dans les Mémoires de Pamphile de Lacroix, qu’il y disait, en parlant de l’expédition : « Qu’il fallait recevoir les ordres et les envoyés de la métropole avec le respect de la piété filiale.  » Et dans l’ouvrage de M. Saint-Rémy sur sa vie, que cette proclamation se terminait ainsi :

« Je suis soldat, je ne crains pas les hommes ; je ne crains que Dieu : s’il faut mourir, je mourrai comme un soldat d’honneur qui n’a rien à se reprocher… Toujours au chemin de l’honneur, je vous montrerai la route que vous devez suivre. Soldats ! vous devez, fidèles observateurs de la subordination et de toutes les vertus militaires, vaincre ou mourir à votre poste. »

Pamphile de Lacroix lui attribue encore ces paroles :

« Un enfant bien né doit de la soumission et de l’obéissance à sa mère ; mais au cas que cette mère soit si dénaturée que de chercher la destruction de son enfant, l’enfant doit remettre sa vengeance entre les mains de