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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/455

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force, non pour asservir Saint-Domingue, mais pour l’affranchir de la tyrannie de ses oppresseurs, et la placer enfin sous la protection et sous l’empire de la loi.

« Je sais qu’on a proposé de réduire cette île, en armant les chefs les uns contre les autres, et de mettre à profit leur ambition effrénée, pour les détruire de leurs propres mains [1]. Un tel moyen est facile sans doute ; mais je ne puis croire que cette politique barbare soit compatible avec la majesté de la première nation du monde, avec les principes d’un gouvernement qui ne veut fonder sa puissance que sur les plus nobles vertus, qui regarde la loyauté, la franchise et l’humanité comme de saints devoirs, et qui est trop plein de la grandeur du peuple français, pour ne pas sentir fortement qu’une indulgence magnanime fait partie essentielle de la justice nationale… Les blancs qui le caressent (T. Louverture) ne sont soumis que par la crainte, et n’obéissent qu’avec un dépit secret ; les rouges échappés à la proscription ne le contemplent qu’avec horreur ; les cultivateurs, fatigués de réquisitions, et vexés par ses lieutenans, verraient avec joie succéder à ce despotisme anarchique un régime bienfaisant qui les garantirait des outrages et leur assurerait le fruit de leurs travaux… Que l’arrivée de nos troupes soit donc précédée par des proclamations de paix, qu’elles débarquent l’olivier à la main, et qu’elles se montrent comme des forces protectrices, et non comme des ministres de vengeance… Qu’elles descendent à la fois sur quatre points principaux pour partager les forces ennemies… S’il faut faire la guerre, qu’on

  1. Ce passage, qui fait honneur à la loyauté de Kerverseau, et que nous avons déjà cité, prouve bien qu’avant l’arrivée de Vincent à Paris, en octobre, on recherchait, on méditait les moyens de subjuguer la race noire à Saint Domingue, en commençant par ses Chefs.