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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/412

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la pensée du gouverneur de Saint-Domingue, caressé, flatté par les colons, c’était pour eux qu’il en agissait ainsi.


Veut-on d’autres témoignages pour prouver la préférence qu’il leur accordait sur les noirs et les hommes de couleur ? C’est Pamphile de Lacroix qui nous les fournira. Il dit que T. Louverture avait établi des cercles, des audiences où étaient admises des personnes des deux sexes : les grands cercles où l’on était invité comme une faveur, — les petits qui étaient des audiences publiques tous les soirs. Dans les premiers :

« Il affectait de ne parler qu’aux femmes des anciens colons ainsi qu’à celles des étrangers qui fréquentaient Saint-Domingue ; il leur donnait toujours le titre de madame. S’il parlait à des femmes de couleur, et par extraordinaire à des noires, il les appelait citoyennes. Toute femme blanche était reçue de droit. Quant aux autres, il n’admettait que celles dont les maris avaient des fonctions supérieures… Il aimait beaucoup à embarrasser les noirs qui venaient aux petits cercles. Il affectait de la bonté pour ceux dont le trouble provenait du respect et de l’admiration qu’il leur inspirait ; mais lorsqu’un noir lui répondait avec quelque assurance, il s’étudiait à lui faire, d’un ton dur, une question sur le catéchisme ou sur l’agriculture, à laquelle le noir, déconcerté, ne savait que répondre. Alors il ne manquait pas d’ajouter à sa confusion en lui reprochant dans des termes sévères son ignorance et son incapacité. C’est ainsi qu’on l’a vu dire à des noirs et à des hommes de couleur qui lui demandaient des places de juges : — Je le veux bien, parce que je présume que vous savez le latin. — Non, mon général. — Comment, vous