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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/379

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en confisquant leurs propriétés, en faisant des enfans une foule de fanatiques, en faisant peser sur les citoyens le despotisme le plus dur, que T. Louverture prouvait son désir de les rendre heureux ? Il avait la plénitude de la puissance en donnant une constitution à son pays ; et après y avoir fait consacrer des principes salutaires, des institutions, il fit tout le contraire de ce qu’elle établissait comme droits pour ses concitoyens. Mais qui souffrait réellement de toutes ces violations ? Sont-ce les colons, ou bien les hommes dont il paraissait être le protecteur naturel ? Après avoir asservi les mulâtres, est-ce qu’il n’asservit pas aussi les noirs, les uns par les autres ? Son armée n’était-elle pas composée de noirs, employés constamment à contraindre les cultivateurs noirs à produire pour les colons ? On nous parlera sans doute de ces grandes productions, de ces richesses créées en si peu de temps. Oui, nous le savons ; mais par quels moyens, grand Dieu ! mais au profit de qui ? Des colons, toujours les colons, — des chefs militaires qui ne valaient pas mieux, puisqu’ils tyrannisaient leurs frères.

Ah ! que mon pays conserve sa médiocrité, sa pauvreté, plutôt que de parvenir à la richesse par le renouvellement de pareilles horreurs !


Venons enfin à la cérémonie de la proclamation de la constitution.

Elle eut lieu, le 8 juillet, sur la place d’armes du Cap, en face de la grande et belle église qui y existait. Les troupes de ligne, la garde nationale, les fonctionnaires publics, civils et militaires, les membres de l’assemblée centrale et T. Louverture s’y rendirent. Le peuple s’y porta en foule. Bernard Borgella, en sa qualité de prési-