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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/247

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verture, faisait tuer le colonel Piverger, mulâtre, fait prisonnier à Aquin, on conduisait avec lui le chef de bataillon Galant, noir, qui avait servi dans la légion de l’Ouest : ils montraient tous deux dans cette circonstance le même courage dont ils avaient fait preuve à la guerre. Dessalines, voulant sauver Galant, lui reprocha d’avoir servi la cause des mulâtres, et ordonna de le placer soldat dans la 4e demi-brigade. Mais Galant, fîer du parti politique qu’il avait défendu, lui dit : « Moi, soldat ! Mon premier coup de fusil serait dirigé contre toi ! » Cette déclaration énergique décida sa mort : il la reçut à côté de Piverger, après l’avoir embrassé. Une action aussi belle de la part d’un noir, est la protestation la plus frappante contre l’interprétation donnée aux causes de la guerre civile du Sud, et par Dessalines et par tant d’autres, T. Louverture en premier ; la mort de ces deux braves militaires, de couleur différente, est une nouvelle démonstration en faveur des appréciations que nous avons émises à ce sujet.

Beaucoup d’autres prisonniers furent incorporés dans la 4e par Dessalines, contrairement aux intentions du général en chef. Il est positif que dans cette circonstance, Madame Dessalines influença son mari pour le porter à diminuer le nombre de ces atroces assassinats. Cette femme noire, d’une beauté remarquable, d’une âme sensible et compatissante, avait été épousée à Léogane parce général. Elle ne se borna pas « à arracher à la mort ces, hommes qu’une barbare stupidité voulait sacrifier ; elle leur prodigua ensuite tous les soins possibles, en leur faisant donner du linge, de la nourriture ; elle les consola dans leur malheureux sort. Sa pitié, éclairée par des sentimens vraiment religieux, s’étendit un jour sur des blancs que son mari voulait sacrifier : à ses yeux, la couleur des