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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/24

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Il quitta le Petit-Goave pour se rendre au Corail et à Jérémie ; il ordonna au capitaine Bouchard d’évacuer cette place pour se rendre à Miragoane. Rigaud exécuta donc la promesse qu’il avait faite à Roume ! S’il désirait la guerre avec T. Louverture, il eût gardé le Grand-Goave et le Petit-Goave : il se fût efforcé d’enlever Léogane aux mains de Laplume.

On a dit que la révolte éphémère du Corail fut suscitée par T. Louverture ; mais rien ne le prouve. Le fait du pavillon anglais qui a été arboré momentanément et que les révoltés eux-mêmes ont réduit en lambeaux, donne lieu à penser que cette révolte fut occasionnée par les menées des colons de la Grande-Anse, qui ne pouvaient que regretter la domination anglaise, et qui cherchaient à susciter des embarras à Rigaud, dans le temps où il était en conférence au Port-au-Prince.

À l’occasion de cette révolte, un incident survint qui motiva de la part de T. Louverture, d’amers reproches contre Rigaud, comme s’il pouvait en être cause. Dartiguenave, comme on vient de le lire dans la lettre de Rigaud écrite du Petit-Goave, avait arrêté un certain nombre de révoltés qu’il fit amener dans la prison de Jérémie ; parmi eux se trouvait un blanc colon reconnu pour être l’un des instigateurs de la révolte ; il fut mis avec vingt neuf noirs révoltés dans une des chambres de cette prison, nouvellement blanchie à la chaux. L’entassement de tous ces hommes dans un étroit espace vicia l’air à tel point, qu’ils furent tous asphyxiés durant la nuit. En supposant qu’ils furent tués, Rigaud ne pouvait être responsable de ce crime, puisqu’il n’était pas à Jérémie[1]

  1. Si Blanc Cazenave avait pu périr en prison par une colère bilieuse, trente