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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/213

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ce que nous prescrit l’oraison dominicale qui dit : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, j’ai publié une proclamation datée du Petit-Goave le 1er messidor dernier (20 juin), par laquelle j’accorde une amnistie générale. Cette proclamation vous est connue, citoyens ; elle a eu l’heureux résultat que je m’étais promis. Le département du Sud est rentré sous les lois de la République. Oublions que des méchans l’en avaient écarté pour satisfaire leurs passions criminelles, et ne considérons aujourd’hui que comme des frères ceux qui, assez crédules, osèrent tourner leurs armes contre le pavillon de la République, et contre leur chef légitime.

J’ai ordonné à tous les citoyens de retourner chacun dans sa commune respective, pour jouir des bénéfices de cette amnistie. Aussi généreux que moi, citoyens, que vos momens les plus précieux ne soient employés qu’à faire oublier le passé ; que tous mes concitoyens jurent de ne jamais se le rappeler, qu’ils reçoivent à bras ouverts leurs frères égarés, et qu’à l’avenir ils se tiennent en garde contre les embûches des méchans.

Autorités civiles et militaires, ma tâche est remplie. Il vous appartient maintenant de tenir la main à ce que l’harmonie ne soit plus troublée. Ne souffrez pas le moindre reproche de la part de qui que ce soit envers les hommes égarés et rentrés dans le devoir. Malgré ma proclamation, surveillez les méchans et ne les épargnez pas. L’homme est injuste ; il est plutôt enclin au mal qu’au bien. Comprimez avec force ses desseins pervers et ne fermez jamais les yeux sur sa conduite et ses démarches.

L’honneur doit vous guider tous. Les intérêts de notre pays l’exigent ; sa prospérité a besoin d’une tranquillité franche et loyale. Elle ne peut naître que de vous. De vous seulement dépend maintenant la tranquillité publique à Saint-Domingue. Ne prenez point de repos que vous n’y soyez parvenus. Je l’attends de votre courage et de votre dévouement à la République française.


À travers le rideau que T. Louverture faisait tirer sur le passé pour l’oublier, malgré tous les termes d’amnistie générale, de généreux, de frères égarés auxquels il faut pardonner, on voit sortir quatre fois le mot méchans sous sa plume : par ce mot, il entendait surtout les mu-