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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/202

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Instructions pour les citoyens Vincent, Arrault et César, députés auprès des autorités constituées, tant civiles que militaires, de la ville des Cayes.

Vous demanderez que mon adresse (la proclamation du 20 juin) soit sur le champ imprimée et envoyée de suite dans tous les lieux du département du Sud, vous autorisant à faire connaître par tous les moyens que vous croirez les plus convenables, mon ardent désir de terminer la guerre qui nous afflige, ma volonté immuable d’oublier le passé, de pardonner aux coupables, de protéger chacun dans ses biens et dans ses affections. Quatre personnes seulement ne pourront jouir de cette amnistie générale, parce que étant rendues coupables de trahison, je dois, pour le maintien de la subordination et de la discipline militaire, faire une différence entre des hommes qui, attachés à l’armée du Sud, ont dû obéir au chef qui les commandait (lui seul étant chargé de la responsabilité de ses opérations), et des hommes qui, servant dans les armées du Nord et de l’Ouest, ont trahi la confiance, l’honneur et la République. Ces quatre personnes sont : Bellegarde, qui, en raison de sa qualité d’étranger (natif de la Guadeloupe), sera renvoyé de la colonie ; Millet, Dupont et Pètion, qui seront punis de leur trahison par quelque temps d’arrêt, après lequel ils seront rendus à leurs familles.

Le parti auquel le général Rigaud s’est arrêté, — celui d’abandonner le département du Sud, pour aller rendre compte de sa conduite au gouvernement français, est celui que l’honneur devait lui prescrire ; mais les choses sont dans une position à exiger de lui qu’il le fasse de suite : 1° parce que le général de division Michel étant sur le point de son départ pour France, il est nécessaire qu’il puisse porter au gouvernement français la nouvelle certaine de la pacification de Saint-Domingue ; 2° parce qu’ensuite, le moindre délai peut porter des entraves à cette pacification.

Le départ du général Rigaud ayant pour objet de rendre compte de sa conduite au gouvernement, il ne saurait se considérer comme s’expatriant de Saint-Domingue. Pourquoi voudrait-il donc arracher sa famille à son pays, à ses foyers, à ses propriétés ? Qu’il la laisse avec sécurité à Saint-Domingue ; elle trouvera sûreté et protection. Il peut en outre la charger de la direction de ses biens, du soin de ses effets, et il peut compter que tout ce qui lui appartient sera respecté ; je lui en donne ma parole d’honneur, et il y doit d’autant plus compter, qu’en pareil cas, je ne pourrais voir avec plaisir que l’on fît de la peine à ma famille