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hauteurs de Pestel, il adresse une seconde lettre au général en chef, où il fait une réflexion juste à l’égard de Rigaud ; mais écrit-il à ce dernier ? Témoigne-t-il le moindre désir de le voir, lorsqu’il presse T. Louverture de venir auprès de lui, dès que les opérations de la guerre et les négociations militaires le lui permettront ?

Rigaud se distingue de nouveau à Cavaillon et à Tiburon, en repoussant les Anglais : l’agent saisit ce moment pour envoyer cinq officiers dans le Sud. Était-ce uniquement pour l’assister de leur courage et de leurs talens, ou pour surveiller sa conduite ? Ils arrivent auprès de lui, aussitôt qu’il venait de repousser une tentative de séduction de la part du général Maitland, et qu’il en rendait un compte détaillé à ses supérieurs. Il est mandé et se rend au Port-au-Prince ; et témoignant à T. Louverture le désir qu’il éprouve de voir enfin l’agent du Directoire exécutif, de ce Directoire qui l’a mis hors la loi depuis plus d’un an, il faut que ce soit le général en chef qui intercède, afin d’obtenir pour lui la faveur d’être admis auprès de l’agent, silencieux à son égard[1].

Ils se rendent tous deux au Cap. Rigaud demande sa démission du commandement du Sud : l’agent la refuse ; et profitant de cette circonstance, il marque une différence d’égards entre les deux généraux ; ses officiers, qui ont déjà tenu des propos inconvenans sur T. Louverture, lui font sentir l’inutilité de ses services dans la colonie, tandis que Rigaud est accueilli avec distinction. N’est-ce pas, de la part de l’agent et de ses officiers, faire naître intentionnellement la jalousie dans le cœur de T. Louverture ?

  1. Nous avons fait remarquer plus avant, dans une note, qu’Hédouville n’écrivit ni à T. Louverture, ni à Rigaud, sur la tentative de séduction faite par le général Maitland, et qu’il leur répondit verbalement.