Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/299

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plan infernal de la faction coloniale en France, pour rétablir l’esclavage à Saint-Domingue, en décimant la classe des hommes de couleur.

Et Rigaud, sorti des entrailles d’une négresse africaine, eût abandonné ses frères maternels dans le moment où sa présence, ses talens militaires leur étaient le plus nécessaires ! Rigaud se serait arrêté dans cette noble carrière, devant la proclamation passionnée, machiavélique de l’agence, devant la politique astucieuse du gouvernement français ! Ce serait alors que la postérité aurait eu le droit de lui demander compte du mauvais usage qu’il aurait fait de sa raison, de flétrir sa mémoire. Nous savons bien qu’il finit par être vaincu dans cette lutte inégale de la bonne foi opposée à l’astuce ; mais du moins il a rempli son devoir, et la liberté de ses frères ne sortit pas moins triomphante de tous les obstacles qu’on lui opposait : Dieu et leur propre énergie leur suscitèrent les moyens de rester libres.


Après avoir émis sa proclamation du 15 janvier, Rigaud conçut une idée, ou plutôt il éprouva un sentiment dont on ne saurait trop le louer. A Miragoane commandait, comme militaire, un digne et honorable Français, comme il y en avait beaucoup alors sous les ordres de Rigaud et de Sauvais : Pelletier était son nom. Rigaud le chargea d’une mission secrète auprès de T. Louverture, pour lui donner tous les renseignemens sur la conduite des délégués et de Desfourneaux aux Gayes, et sur les funestes événemens de fructidor. Le but de cette mission, dont Pelletier se chargea volontiers, était de prémunir T. Louverture contre l’astuce de Sonthonax, et d’établir entre eux des relations fondées sur la fraternité militaire et sur la juste crainte qu’ils devaient éprouver tous deux, que les manœuvres