Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/166

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tilité de cette mesure ressort des services que T. Louverture rendait à Laveaux, en excitant les passions des noirs contre les hommes de couleur, que ce gouverneur haïssait évidemment.

Quant à T. Louverture, nous sommes forcé de dire qu’il les haïssait aussi, puisqu’il secondait si puissamment les vues de Laveaux contre eux[1]. Certes, nous l’avons dit, à ses yeux, mulâtres, blancs et noirs n’étaient pour lui-même que des instrumens dans ses mains ; tous devaient servira son élévation, à la satisfaction de son ambition, de son orgueil, de sa vanité, sinon subir le sort le plus affreux. Au temps dont il s’agit, les hommes de couleur étaient pour lui le premier obstacle à vaincre, tandis que les blancs facilitaient ses vues ; mais patience, le tour de ces derniers viendra, les noirs aussi auront leur tour. Voyez comme il se pose aux yeux des noirs, comme leur chef et le premier parmi eux qui a levé l’étendard de l’insurrection contre les colons ! S’il leur désigne les mulâtres comme des scélérats, des monstres, ennemis de la liberté générale et de la sainte égalité, il ne plante pas moins ses jalons pour arriver aux blancs, si cela devient nécessaire ; et dans ce but, il rappelle aux noirs qu’ils sont plus nombreux que les mulâtres et les blancs réunis qu’ils sont les plus forts. Il semble même vouloir donner un avertissement à la France, dans le cas où elle voudrait

  1. T. Louverture avait de proches parens dans cette classe ; ii les aimait : comment donc a-t-il pu, par la suite, commettre tant de crimes à l’égard de cette classe ? Ces crimes ne furent-ils que le fruit de l’erreur dans le système politique qu’il adopta et dont il fut victime ? Mais la Providence sait punir les crimes quelle que soit leur cause : elle n’examine pas s’ils sont le résultat de l’erreur ou de mauvais sentimens. La raison a été donnée à l’homme pour se bien conduire ; il a reçu la conscience pour maltriser ses passions. Tant pis pour lui, s’il y succombe.