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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/153

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qui regrettait une journée, parce qu’elle n’avait pas été couronnée par une belle action, il décida que Rodrigue n’irait point à bord de la Vénus. »

Dans une pareille circonstance, comparer T. Louverture à Spartacus, c’était, selon nous, faire une fausse application de la pensée de Raynal ; car il ne s’agissait pas de se venger des blancs européens, auteurs de tous les maux endurés par la race noire, et c’est ainsi que Raynal l’entendait. Les mulâtres du Cap, auxquels Laveaux attribuait seuls son arrestation, n’étaient certainement pas les ennemis des noirs ; ils l’avaient prouvé au moment de la déclaration de la liberté générale par Sonthonax, et les noirs ont prouvé aussi leurs sentimens d’attachement pour eux dans l’affaire de Galbaud, en les défendant ; ils l’ont prouvé encore, en partie du moins, en voulant prendre la défense de Villatte, en voulant se ruer contre Laveaux et Perroud, qu’on leur dénonçait comme ayant fait venir des chaînes pour les remettre dans l’esclavage. Le sentiment de la reconnaissance égara donc la tête du gouverneur et le fit déraisonner : son excuse est dans ce sentiment même qui est toujours honorable.

Si nous ne voulions voir dans son exaltation que la pensée politique conçue dans le dessein d’abattre une fois pour toutes l’influence des hommes de couleur, en prônant ainsi T. Louverture aux yeux des noirs, nous dirions avec Pamphile de Lacroix :

« Cette déclaration produisit d’abord un bien apparent  ; mais elle fut le coup de grâce qui fit expirer à Saint-Domingue l’autorité de la métropole. C’est de cette déclaration, qu’il faut dater la fin du crédit des blancs et la naissance du pouvoir chez les noirs.  »

Sans nul doute, cet auteur se connaissait mieux en