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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/111

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Le 19 février, cinq jours après cette lettre à Étienne Datty, T. Louverture étant au Gros-Morne, annonce à Laveaux la soumission de ce noir. « Je viens, dit-il, de recevoir votre lettre par le citoyen Fressinet, par laquelle je vois que vous devez être au Borgne demain. Si vous pouvez vous rendre au Port-de-Paix, suivez le conseil d’un fils qui aime son père. Tâchez d’y rester et de n’en point sortir, sans m’en donner avis. Je vous parle au nom de mon armée, au nom du peuple républicain qui vous aime comme moi. C’est pour votre bien, c’est pour celui de tout le peuple. Je vous en écrirais plus au long, si je n’étais pressé de partir pour mon cordon où je suis menacé d’être attaqué par les Anglais… Sitôt que j’aurai mis mon cordon en ordre, je vous écrirai tout ce que je pense. »

Comme il exploite habilement les préventions de Laveaux contre les hommes de couleur, et Villatte en particulier ! Laveaux qui lui a fait des aveux à cet égard, qui les a divisés, peut-il ne pas subir cette influence de T. Louverture, qui veut grandir à l’aide du gouverneur général ?

Notons encore à l’égard d’Étienne Datty, ce que nous trouvons dans le rapport de Marec. Si ce noir a soulevé les cultivateurs de la montagne du Port-de-Paix, c’est qu’ayant été primitivement nommé inspecteur des cultures par Pageot, celui-ci l’avait remplacé ensuite, à cause de son inconduite, par un autre noir nommé J.-B. Grissot, fort ami des blancs, d’après Laveaux. Irrité de sa destitution, et conseillé parle blanc Magnot, son secrétaire, il prend les armes, arrête J.-B. Grissot, tue des blancs et des mulâtres ; et suivant Laveaux, ce sont les émissaires de Pinchinat qui ont provoqué cette prise