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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/481

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nous retirerons dans les montagnes, nous y vivrons de racines et d’eau, jusqu’à ce que la France nous envoie des secours, et nous vaincrons ensuite les ennemis avec des roches et des flèches. Nous apportons ce serment au peuple français… »

Des considérations morales et politiques aussi puissantes, exposées avec l’accent de la conviction par un blanc habitant Saint-Domingue depuis longtemps, qui avait été témoin oculaire de tous les faits qu’il relatait, durent être appréciées par la convention nationale. Cette assemblée voyait cette belle possession livrée en partie aux Anglais et aux Espagnols, par les colons, propriétaires d’esclaves ; elle savait qu’il y avait à peine quelques centaines de soldats français fidèles à leur drapeau ; elle savait que dans la situation de la France et à cause de sa guerre avec les Anglais, il serait impossible d’y envoyer de nouvelles troupes pour la défendre : elle fut entraînée à légaliser la mesure de la liberté générale prononcée par les commissaires civils ; elle rendit son décret du 16 pluviôse. Aussi bien, les principes contenus dans la déclaration des droits de la constitution révolutionnaire, lui en imposaient l’obligation, sous peine de forfaire à ses devoirs envers l’humanité. Divers orateurs s’en prévalurent pour opiner en faveur de la mesure : parmi eux, Levasseur (de la Sarthe), Lacroix (d’Eure-et-Loir) et surtout Danton, se distinguèrent par leurs motions ; ils honorèrent leur pays et l’humanité tout entière, eu mettant leur éloquence au service d’une cause aussi juste.

La convention rendit le décret en ces termes, d’après la rédaction proposée par Lacroix :


« La convention nationale déclare aboli l’esclavage des