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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/467

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Nous concluons donc que le propos attribué à Sonthonax n’a pas été tenu par lui ; il n’a pu désigner que Montbrun, à Pierre Dieudonné et à Pompée.


Polvérel et Sonthonax étant arrivés le 6 juin à Jacmel, y virent entrer le 8, la corvette française l’Espérance, capitaine Chambon, porteur du décret d’accusation rendu contre eux le 28 messidor de l’an Ier de la république, ou 16 juillet 1793. Depuis onze mois que cet acte avait été émis par la convention nationale, le comité de sàlut public en avait ajourné l’exécution ; mais enfin, les Robespierre, les Billaud-Varennes et autres avaient pris la résolution de l’envoyer à Saint-Domingue, pour avoir deux nouvelles victimes à immoler sur le même échafaud où avaient péri Brissot et ses amis.

En recevant la notification de ce décret, les deux commissaires, à peine remis de leurs fatigues, considérèrent leur laborieuse et difficile mission comme terminée. Ils n’étaient plus les délégués, les représentans de la France à Saint-Domingue ; c’étaient de simples accusés, dévoués d’avance à la mort ! Ce dut être pour eux un moment suprême, quelque préparés qu’ils fussent par les publications que les Anglais, les colons et les émigrés avaient faites de cet acte depuis neuf mois. Ils avaient prévu, en quelque sorte, ce fatal dénoûment, par tout ce qu’ils savaient de la perversité des colons ; car, dans leur lettre déjà citée, du 10 juillet 1793, ils disaient à la convention : « Il ne faut ni vaisseaux, ni troupes, pour nous forcer à exécuter ses décisions : un simple décret nous amènera à sa barre, nous y paraîtrons sans crainte comme sans remords. »

L’heure de la soumission était sonnée, ils se soumirent !