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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/464

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l’eût pas épargné lui-même s’il l’eût trouvé. Outre que ce fait paraît peu probable (les blancs réunis au fort Saint-Joseph ayant tous contribué à le livrer aux Anglais}, Garran dit que rien ne justifie une telle assertion consignée dans quelques mémoires. Pamphile de Lacroix ne l’a répété que d’après Malenfant.


Avant de quitter le poste Néret, les deux commissaires civils avaient harangué les noirs de la ville et des montagnes voisines, qui se trouvaient auprès d’eux. À la tête de ces derniers étaient Pierre Dieudonné et Pompée, deux hommes plus intelligens que les autres et qui les dirigeaient. On en avait formé un corps sous le nom de volontaires nationaux, dont parle la proclamation de Sonthonax, du 1er mars précédent, et dont Lafontant, noir ancien libre, était le chef. Lafontant était resté au Port-au-Prince avec les Anglais. Il était tout naturel que les commissaires les exhortassent à combattre les Anglais pour défendre leur liberté. Mais on attribua à Sonthonax d’avoir dit à Dieudonné, en lui passant au cou son cordon tricolore et en l’embrassant : « Je te délègue tous mes pouvoirs dans l’Ouest. Tu es le représentant de la France. N’oublie pas que tant que tu verras des hommes de couleur parmi les tiens, tu ne seras pas libre. »

Un tel propos a-t-il pu être tenu par Sonthonax, tout irrité qu’il fût contre les hommes de couleur ? Ne serait-ce pas les désigner aux poignards des noirs ? Cependant, à ce moment-là, qui protégeait sa retraité à Jacmel ? Qui formait une garde pour sa conservation personnelle et celle de Polvérel ? Si l’on excepte J. Boyé, blanc européen, les autres officiers n’étaient-ils pas tous des hommes de couleur ? Et ce serait en présence de Mar-