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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/443

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Est-ce là le langage d’un simple transfuge ? Ne traite-t-il pas d’égal à égal avec Laveaux ? Ne voit-on pas déjà l’homme qui dominera Laveaux, qui s’en servira comme d’un instrument pour son élévation, tout en le caressant par des lettres flatteuses où il lui dira qu’il l’embrasse de tout son cœur, en l’appelant son bon et cher papa ?

C’est à dessein que nous avons transcrit, et ses lettres au gouverneur espagnol et celle que nous venons d’analyser, parce qu’à notre avis, ces documens font mieux juger de l’étendue de l’esprit et de la capacité de Toussaint Louverture, à cette époque déjà, que ce que nous pourrions en dire.

Jugez donc de ce qui adviendra, quand l’horizon politique de cet homme s’élargira, quand le théâtre où il a transporté ses combinaisons se sera agrandi ! Qui pourra arrêter la marche de Toussaint Louverture, joignant tant de vices à tant de qualités : — la ruse et l’audace, — l’hypocrisie et l’énergie, — le machiavélisme et la résolution, — l’orgueil et la prudence, — la méfiance et la fermeté, — une activité prodigieuse, — une ambition sans bornes, — et un cœur inexorable pour quiconque contrarie ses desseins ? Nulle puissance humaine ne l’empêchera d’accomplir sa brillante destinée, que favoriseront encore toutes les circonstances de son époque. Il parcourra cette carrière imprévue avec le plus grand succès, jusqu’à ce qu’il tombe enfin par ses propres fautes et par l’excès de ses crimes : — châtiment inévitable que Dieu réserve toujours à ceux qui, comme lui, adoptent un système de gouvernement basé sur la haine des hommes et sur la terreur qu’ils leur inspirent[1].

  1. La mort du général Moïse, neveu de Toussaint Louverture, fut le dernier crime politique qu’il commit ; dès lors, aucun de ses officiers supérieurs ne