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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/425

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vaient posséder, perdant ce qu’ils avaient de plus cher, leurs femmes, enfans et parens : ce qui a occasionné plusieurs fois des soulèvemens parmi eux, et même à s’embusquer pour tuer ledit général Biassou, qui se donnait bien de garde de se présenter dans ces sortes de crises ; mais j’étais là pour recevoir les coups de ses torts et les réparer…

(Ici, une longue narration des vexations subies par un de ses officiers nommé Thomas, qui fut lié et garrotté par ordre de Biassou et qu i imputa ce fait à Toussaint).

Il en est résulté, poursuit-il, que Thomas s’est rendu à la Marmelade, soulevant toutes mes troupes, en leur faisant entendre que je vendais à l’Espagnol leurs femmes et leurs enfans ; il fît feu sur moi, tua mon frère et sept hommes qui m’accompagnaient : je fus obligé de me sauver à Saint-Raphaël, abandonné de tout le monde, après avoir essuyé mille dangers ; et aujourd’hui ( il écrit le 20 mars) Biassou veut faire tomber le blâme de cette affaire sur moi, comme si j’avais été la cause des justes récriminations de Thomas, d’avoir voulu l’envoyer à Santo-Domingo, des plaintes et des soulèvemens des troupes, de ce que tous les jours on venait leur arracher leurs femmes et leurs enfans pour vendre ou donner. Comment Biassou ose-t-il m’accuser de ses torts ? moi qui, dans tous les temps, n’ai jamais fait ce commerce infâme, ne me permettant pas même de vendre des animaux ; et je prends à témoins tous les Espagnols, des faits que j’avance, lesquels certifieront queje n’ai jamais fait cet odieux commerce… Nos opérations, j’ose dire, seraient plus avancées qu’elles ne sont, et peut-être même le Cap serait sous la domination de S. M. C., sans sa conduite irrégulière et ses procédés dangereux.

Après la reddition des Gonaïves, étant à la Marmelade, le général Biassou y est venu aussi camper ; et j’étais un jour à dîner avec lui ; on lui apporta une lettre sortant de Saint-Michel, à son adresse, qu’il me pria de lire. Mais quel fut mon étonnement de voir que M. Laplace, qui lui écrivait, lui marquait de se défier de moi, en lui disant que j’étais un vieux capucin qui, priant toujours le bon Dieu, serait dans le cas de le supplanter, s’il ne prenait pas garde ; et lui me répéta que c’étaient là les propos que ledit sieur Laplace lui tenait journellement, mais qu’il ne l’écoutait pas parce qu’il le connaissait pour un homme qui avait été de tout temps méchant…

Ici, Toussaint impute à Biassou de lui avoir proposé de se détacher des Espagnols, qui envoyaient les colons français ; pour reprendre leurs nègres et les remettre comme ci-devant ; que ce propos, tenu publiquement, avait indisposé les troupes, mais qu’il leur a garanti le con-