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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/407

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par terre et par mer ; mais ils furent repousses avec pertes. Laveaux justifia sa lettre à Whitelocke ; celui-ci se vit contraint, dans une nouvelle lettre concernant l’échange des prisonniers, de rendre justice à la conduite noble et généreuse de Laveaux envers eux. Par sa noble résolution, le Français avait conquis l’estime de cet officier, appartenant à une nation dont la fierté n’est pas moins admirable. Son tort fut de juger de Laveaux, d’après les colons de Saint-Domingue.


Au moment où Sonthonax quittait le Cap pour aller dans l’Ouest, cette ville étai loin d’offrir le spectacle de l’union entre les citoyens de toutes couleurs, et de la subordination à ses ordres. Les blancs qui y restaient après le départ de Galbaud, avaient naturellement conservé leurs habitudes d’agitations incessantes ; se voyant supplantés en influence par les hommes de couleur, en force par les noirs nouveaux libres, ils se promirent de renouveler ce qu’ils ont toujours fait partout où ils ne pouvaient dominer : semer la division parmi leurs adversaires. De leur côté, les mulâtres qui virent Sonthonax nommer Péré, l’un d’eux, son délégué civil pour la province du Nord, et Villatte, chef militaire de la ville et de ses dépendances, durent se croire autorisés, par le commissaire lui-même, à diriger les affaires publiques. Enfin, les noirs, sentant leur force par leur nombre, se crurent des droits à y prendre part. Déjà même, avant le départ de Sonthonax, le 2 et le 4 octobre (il sortit du Cap le 10), Laveaux, commandant de la province alors, écrivait à ce commissaire que « les nègres méconnaissaient son caractère et voulaient que Pierrot eût le commandement du Cap. » Garran, qui nous l’apprend, ajoute : « Il est