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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/369

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Frères et amis, depuis quinze jours j’ai appris que vous étiez enfin désabusés sur la sincérité de l’attachement que les Espagnols avaient l’air de vous porter. Vous avez ouvert les yeux sur la perfidie de leurs manœuvres. Vous reconnaissez actuellement que la République française et les commissaires civils sont les seuls qui veuillent sincèrement la liberté des nègres.

Vous savez, frères et amis, ce que j’ai fait pour les Africains dans la province du Nord ; vous savez tous qu’au péril de ma vie, à travers les poignards et les poisons, j’ai osé prononcer la liberté : je suis encore prêt à soutenir pour vous la même cause. Réunissez-vous autour de moi contre les ennemis étrangers qui nous assiègent. Jurez tous de mourir plutôt que de retomber sous le couteau de vos anciens maîtres. Il faut absolument que la liberté triomphe ; il faut que les Africains soient payés de leur travail ; il n’y a que cette seule manière de restaurer la colonie. J’ai donné ordre au colonel Bauvais, votre ami, de vous fournir des munitions. Soyez vigilants et courageux, et tout ira bien.

« SONTHONAX. »


Cette lettre est du 7 mars 1794 ; elle fut sans doute remise à Toussaint Louverture qui l’aura envoyée au gouverneur espagnol, pour lui prouver que Blanc Cazenave et ses gens étaient inaccessibles à la corruption du commissaire civil. Ne prouve-t-elle pas que, loin d’avoir insinué à Halaou et à ses sorciers, que Bauvais était l’ennemi des noirs et de leur liberté, Sonthonax le recommandait, même après la mort de cet homme, comme étant leur ami ? Dire aux noirs soumis à Blanc Cazenave, que Bauvais est leur ami, qu’il leur fera parvenir des munitions, n’était-ce pas vouloir augmenter l’influence de ce chef des hommes de couleur ?… Le 5 mars, deux jours avant sa lettre à Blanc Cazenave, il avait promu Bauvais au grade de colonel d’infanterie[1].

  1. « Je viens de recevoir le brevet de colonel d’infanterie que vous m’annoncez par voire dépêche de ce jour. Ma reconnaissance est sans bornes, et la satisfaction de voir que mes services sont agréables an délégué de la république me comble de joie, et ne me laisse que le désir de mériter tou-