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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/325

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du désarmement déplut à la garde nationale : elle fut suspectée. Mais ce furent les blancs qui restèrent mécontens de l’armement des nouveaux libres. Des arrestations furent ordonnées, et Montbrun ne fît emprisonner que des blancs : ce qui augmenta l’irritation de Sonthonax contre les hommes de couleur, car il vint aussi à soupçonner Montbrun de ménager ces derniers pour préparer leur défection commune. Desfourneaux, qu’il avait nommé commandant de la place à son arrivée, excita sa défiance contre Montbrun que Sonthonax aimait peu, depuis l’affaire du Cap où d’Esparbès fut embarqué.

Au milieu de ces mesures de rigueur contre les blancs du Port-au-Prince et les anciens libres, Sonthonax, voulant encore frapper les esprits d’une nouvelle terreur, fît exécuter un blanc nommé Pelou, condamné à mort par la cour martiale, au moyen d’une guillotine qui se trouvait, nous ne savons comment, au Port-au-Prince.

Le peuple présent à cette affreuse exécution manifesta la plus grande horreur. Chacun se distingua dans ce sentiment de profonde répugnance pour cet instrument de supplice qui, alors, décimait la France. Ce peuple impressionnable donna cette leçon à Sonthonax, et la guillotine ne reparut jamais à Saint-Domingue. Hélas ! pourquoi ne nous est-il pas permis d’en dire autant de la hideuse baïonnette, comme instrument de supplice !… Que de faits n’aurons-nous pas à enregistrer, malheureusement, à cet égard !… Ce ne sera pas le peuple que nous accuserons, mais les chefs.


Le 1er décembre, la ville de Saint-Marc prit un arrêté où l’on disait :