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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/324

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se raidir contre tant d’obstacles ; il songea à opposer à des maux si grands les remèdes les plus extrêmes. »

Il avait écrit au ministre de la marine, le 2 octobre : « La partie du Nord ne manque pas d’hommes qui seront fidèles à la république, qui verseront pour elle jusqu’à la dernière goutte de leur sang… notre position est affreuse. Cependant, je ne perds pas toute espérance de conserver Saint-Domingue à la république ; elle peut compter sur les citoyens du 4 avril, sur ceux du 21 juin et du 29 août ; ils périront tous plutôt que de se soumettre à l’avilissement.

La trahison d’un si grand nombre d’hommes de couleur, continue Garran, bouleversa toutes ses idées ; il crut que tout devait être permis pour empêcher l’ennemi d’en profiter. Il ordonna au général Laveaux, à un commandant nommé Finiels, d’incendier tous les lieux qu on serait obligé d’abandonner[1]. » En cela, il eut un tort grave.

Sonthonax ne se borna pas à écrire cette regrettable lettre qu’il rétracta bientôt. Le 15 novembre, il fît une proclamation par laquelle il déclarait faux le décret attribué, par les Anglais, à la convention nationale, sur l’accusation des commissaires. La même proclamation ordonna le désarmement de toute la garde nationale, tant au Port-au-Prince que dans les autres communes : cette garde nationale était composée de blancs et d’anciens libres. Leurs armes furent données à la légion de l’Égalité qui n’était alors, au Port-au-Prince, que de trois cents hommes, et qui fut portée bientôt à près de quinze cents, par le recrutement que Sonthonax fît faire, principalement parmi les noirs nouveaux libres. Cette opération

  1. Rapport, t. 4, 189 et 190.