Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/261

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mina-t-il convenablement, en rendant justice aux principes de son collègue comme à ceux de Delpech. Il fît encore mieux, selon sa lettre du 8 septembre à ce dernier, en adoptant entièrement le système de Sonthonax. Cependant il avait foi dans le sien, il était convaincu que ses mesures étaient les plus propres à régénérer les noirs, rendus libres et égaux à tous les autres hommes. L’avenir l’a justifié, mais il a fallu que Saint-Domingue traversât encore de grandes révolutions pour amener cet heureux résultat. Cette proclamation, néanmoins, était de nature à irriter Sonthonax, déjà très-mécontent de la désapprobation donnée par Polvérel à plusieurs de ses actes.

Aux lettres de Polvérel, Delpech répondit :


Je suis convaincu que la commission civile n’a pas le droit de changer le régime colonial et de donner la liberté à tous les esclaves ; que ce droit n’appartient qu’aux représentans de la nation entière, qui ne nous l’ont pas délégué.

Je le suis encore, que si la commission civile est autorisée à mettre à la disposition de la république les propriétés des citoyens dans certains cas, elle ne l’est pas à disposer de ces propriétés en faveur de tels autres individus.

Mais je le suis bien plus, qu’un commissaire civil n’a pas le droit, séparément, et sans le concours de ses collègues, de prendre des mesures de cette espèce, ni en général aucune de celles qui tiennent à l’intérêt de la colonie entière, ou à ses rapports avec la métropole.

Ne croyez pas cependant que je veuille protester contre vos opérations, ni donner à la colonie le spectacle d’une division scandaleuse.

Ne pensez pas non plus que je prétende rivaliser avec vous, ni vous disputer la gloire de prononcer sur les grands objets. Je suis au-dessus de cette petite vanité ; l’amour de ma patrie et de l’humanité est la seule passion qui m’anime : mais je ne dois pas m’astreindre servilement à vos dispositions, contre mes vues et ma conscience ; c’est moins pour mes droits que je réclame, que pour le bien public.

La proclamation de Sonthonax ou la vôtre, adoptées purement et