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de ne point appartenir à ce petit nombre de privilégiés qui, depuis vingt années, alternent tour à tour au Sénat et aux grandes fonctions administratives, quoique dénués de cette honorable passion du bonheur des citoyens, qui seule affermit les gouvernemens et rend imperturbable la paix publique. ».

Engageant ensuite la Chambre à persévérer dans l’interprétation qu’il donnait à l’art. 108, l’orateur dit :

« Que de graves conséquences ne doivent pas découler des erremens dont vous voulez sortir ! Si vous y retombez…, vous mettrez dans les mains du pouvoir exécutif, s’il est méchant, le plus puissant moyen d’organiser le despotisme légal. Il composera un Sénat à sa dévotion, lequel sera le plus terrible instrument de ses funestes desseins. Alors, vous aurez cessé d’être, ou l’âge vous aura éloignés de cette tribune, et le boulet que vous aurez lancé contre la liberté, ira mourir sur la tête de vos fils et de vos neveux ! »

Après ces considérations générales le fougueux tribun continua :

« Entre un pouvoir qui, ayant l’initiative des lois d’amélioration, s’obstine à ne point adhérer à aucune des plaintes, des doléances du peuple, et l’assemblée de ses représentans, qui n’a pas le droit de lui demander compte de sa résistance à l’accomplissement du bien public ; en présence de la misère générale, quel moyen reste-t-il pour obtenir les améliorations sociales ? Or, quand un tel moyen ne se trouve pas dans l’organisation politique, les représentans conservent leur honneur et leur intégrité, en protestant contre la force, la violence et l’arbitraire, dont on pourrait se servir pour leur arracher un consentement que reprouvent leur conscience et la consti-