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organisation qui, dérivant directement du pouvoir exécutif et recevant néanmoins la sanction de la Chambre, pût transformer ce corps en un pouvoir modérateur destiné à maintenir l’harmonie entre les deux autres pouvoirs, et à rappeler à l’observation des principes celui d’entre eux qui s’en écarterait… Néanmoins, comme dans une question aussi importante, il m’a paru qu’il ne convenait pas que je fusse moi-même juge de mon droit, j’ai réclamé sur ce point l’opinion du Sénat. Ce corps me l’a envoyée par son message en date du 23, dont j’adresse sous ce pli une copie à la Chambre.

« Si, après avoir mûrement examiné, et mon présent message et celui du Sénat, la Chambre continue de persister dans l’opinion qu’elle a tout récemment adoptée, la nation sera à même d’apprécier quel est celui des deux pouvoirs, de la Chambre ou du Président d’Haïti, qui se place en dehors de ses attributions. »

Le lendemain, le Télégraphe publia officiellement toute cette correspondance, à partir du message présidentiel du 9 septembre. Cette publication eut le bon effet de mettre la Chambre en demeure de se prononcer ; ses orateurs le comprirent.

Si l’Opposition qui la dirigeait était seulement animée de l’esprit du gouvernement représentatif, de celui de la constitution prise dans son vrai sens et dont elle réclamait sans cesse la littérale exécution, elle eût dû déférer à l’opinion exprimée par les deux autres grands pouvoirs, sur la question soulevée par elle, sans y trouver une nouvelle occasion de manifester des sentimens peu dignes d’elle-même. Les précédens qu’elle avait invoqués, de la part de Pétion et de Boyer, réduits à leur juste valeur, lui en faisaient même une obligation plus stricte. Elle aurait dù remarquer