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comité chargé de sa rédaction, qui résuma ainsi celles professées dans la discussion par tous les sénateurs qui avaient pris la parole. Il était essentiel, en effet, que le Sénat prouvât à la nation, qu’il avait de bonnes raisons pour approuver le Président d’Haïti contre les prétentions, de la Chambre des communes ; car les deux corps ayant été en une sorte d’hostilité, et l’Opposition répandant le bruit que le Sénat ne jouissait pas de son indépendance, surtout depuis l’affaire de Pierre André, il était convenable de raisonner son message d’après la constitution. Le comité de rédaction visa à un autre but en discutant cette question : c’était de convaincre la majorité de la Chambre, que les chefs de l’Opposition égaraient par des argumens spécieux, afin de ramener l’harmonie entre ce corps et le chef de l’État par la puissance du raisonnement ; et ce but à atteindre résultait de la mission du Sénat, reconnu par l’un et l’autre pouvoir comme étant le pouvoir modérateur, conciliateur entre eux[1]. Aussi le message disait-il :

«… Le Sénat remarquera que ce n’est pas bien comprendre l’exercice d’un pouvoir défini et circonscrit par le pacte fondamental, que de confondre, comme le fait la Chambre des représentans, ce pouvoir constitutionnel avec les théories adoptées par plusieurs de ses orateurs, sur la forme qu’ils croient plus convenable de donner à la présentation des candidats nécessaires pour les remplacemens à opérer au Sénat. En effet, la Chambre n’est qu’une branche du pouvoir législatif ; elle ne saurait avoir le droit de réformer la constitution en adoptant toutes les subtilités qu’on pourrait produire à sa tribune pour en empêcher la

  1. Je sais bien que l’Opposition m’attribua uniquement ce moyen employé pour convaincre la majorité, parce qu’elle sut que j’avais rédigé, le message. Elle le qualifia de machiavélique ; mais je viens de dire quel fut le motif du comité.