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tait sur la foi des deux avocats qui la dirigeaient. Que devait faire le Président d’Haïti dans une telle circonstance ?

Le 17, il appela les sénateurs Bayard, Bazelais et Ardouin, afin de leur donner communication du message de la Chambre et de prendre conseil d’eux. Ces sénateurs furent unanimes à l’engager de s’adresser au Sénat, éminemment intéressé dans la question pour avoir son complément, et à lui demander son opinion sur le sens des articles cités de la constitution.

Précédemment, dans la session de 1838, l’un de ces avocats, — David Saint-Preux, — avait reconnu, le 6 juin, « que la représentation nationale, la Chambre, était indépendante, mais non souveraine ; que sa mission était de lutter constamment d’opinion ; et que le Sénat était revêtu d’un pouvoir essentiellement modérateur, chargé d’établir l’équilibre entre la nation et son chef, etc. »

L’avis des trois sénateurs était donc basé, et sur la constitution elle-même et sur l’aveu de l’un des deux chefs de l’Opposition, Mais Boyer hésita à le suivre ; il savait qu’une grande partie du public s’était passionnée pour ces prétentions de la Chambre, que plusieurs sénateurs étaient liés d’amitié avec H. Dumesle et D. Saint-Preux, et il craignait même que le Sénat n’adoptât leur opinion. Les trois sénateurs le rassurèrent à ce sujet, en lui disant : « que depuis que la Chambre avait soulevé la question d’une liste générale de candidats, les membres du Sénat l’avaient examinée, non en séance, mais dans leurs réunions habituelles, et qu’ils ne pensaient pas qu’elle eût raison. »

Sur cette affirmation, le Président se décida à adresser, le 18, un message au Sénat : il l’accompagna de celui de la Chambre, du 16, et d’une copie de son propre message du 9 écrit à ce corps. On y lisait :