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Raymond et de Michel Abraham dans les mornes : ils furent envoyés à la capitale.

L’instruction commencée par le ministère, public et le juge d’instruction, fut bientôt dévolue à l’accusateur militaire qui l’acheva. Un conseil spécial fut formé et présidé par le colonel Viau, du 1er régiment d’artillerie : le lieutenant B. Carrié, du même corps, remplit les fonctions d’accusateur. Le 17 mai, le conseil se réunit à l’effet de juger les accusés au nombre de treize ; il y avait quatre autres, contumax.

Raymond et Desfontaines avaient fait les aveux les plus complets durant l’instruction du procès ; ils les renouvelèrent à l’audience publique, pendant qu’Augustin Gabriel et les autres persistaient à tout nier. Raymond déclara audacieusemenl : « qu’étant tous mécontens des deux traités que Boyer venait de conclure avec la France, ils avaient résolu sa mort afin de changer le gouvernement ; que n’ayant pu exécuter leur dessein pendant la cérémonie du 1er mai, ils avaient espéré en trouver l’occasion en tuant le secrétaire général, aux funérailles duquel le Président n’aurait pas manqué de se trouver, etc. » Desfontaines confirma ces déclarations, en désignant Augustin Gabriel comme le chef de cet horrible complot et chez qui ils se réunissaient tous. Ce dernier, pressé par les deux autres, leur dit enfin : « Vous dites que j’étais votre chef ? Eh bien ! taisez-vous, ne déclarez plus rien. » Ils se turent en effet. Cette apostrophe de sa part fit penser que d’autres révélations auraient pu surgir des déclarations de Raymond et de Desfontaines.

Il fallut suspendre l’audience du conseil spécial, à cause de plusieurs témoins qui, furent entendus le lendemain. Les accusés avaient tous des défenseurs publics, soit choisis