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fonctions. En même temps, il fit quelques promotions parmi les anciens officiers militaires, mais insuffisamment pour satisfaire au juste désir d’autres aussi méritans ; et il demanda au comité permanent du Sénat la convocation de ce corps.

À sa réunion, le pouvoir exécutif lui posa la question de savoir, si les représentais éliminés en 1839, réélus par leurs communes, pouvaient siéger dans la nouvelle Chambre, sans exposer le pays à une perturbation dangereuse pour la paix publique, sans désavouer l’approbation générale qui avait, été exprimée au moment de leur élimination.

Cette grave question mit le Sénat dans une fausse position. Chargé de la garde de la constitution et de veiller à son maintien, il se vit forcé néanmoins d’opiner contre l’admission des éliminés, pour ne pas occasionner une révolution politique qui eût été la suite d’une opinion contraire, puisque le chef de l’Etat eût perdu dès lors le prestige de la raison et du pouvoir qu’il exerçait.

Mais cet accord entre le Sénat et le Président d’Haïti souleva l’Opposition ; des condamnations judiciaires eurent lieu contre plusieurs citoyens élus représentans, et la Chambre, en se constituant, admit les éliminés de 1839 et tous les autres membres opposans. Une vingtaine de représentans furent gagnés cependant à la cause du gouvernement. La dissidence survenue dans la Chambre occasionna une scène tumultuense à la suite de laquelle tous les opposans s’en retirèrent, la force publique ayant appuyé la majorité qui se forma sous l’impulsion du gouvernement. Cette majorité les somma d’adhérer à ses décisions, sinon ils seraient considérés comme démissionnaires. Leur refus entraîna cette mesure violente.