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haut, faute de changer avec les temps ; mais ces changemens sont plus lents dans les républiques, parce qu’ils s’y font plus difficilement… »

Voilà, si je ne me trompé, ce qui est applicable à la conduite de Boyer, dans les dernières années de sa présidence.

Si j’examine aussi ce qui peut être appliqué à celle de ses adversaires et de la plupart des hommes, et surtout de la jeunesse qu’ils enrolèrent sous leur bannière, je puis encore citer le même auteur :

« En recherchant, dit-il, les causes de ces oppositions de caractères (il s’agit de Scipion et d’Annibal), on en trouve plusieurs, puisées dans la nature même des événeméns. La première de ces causes est fondée sur l’amour des hommes pour la nouveauté. Cette passion agit le plus souvent avec autant d’activité sur ceux dont le sort est heureux que sur ceux qui souffrent de leur position ; car, comme nous l’avons dit et avec vérité, les hommes se lassent du bien-être comme ils s’affligent d’une situation contraire. Cette disposition des esprits fait donc, pour ainsi dire, ouvrir toutes les portes à quiconque proclame une innovation. S’il vient du dehors, on court au devant de lui ; s’il est du pays, on l’environne, on grossit, on favorise son parti ; quelles que soient sa marche et sa conduite, il fait des progrès rapides… »

En résumé, ce qu’on peut justement reprocher à Boyer, c’est de n’avoir pas fait tout le bien dont il étail capable et que favorisait la longue paix qu’il procura au pays. « Les gouvernemens doivent se constituer en révolution permanente pour satisfaire aux besoins de la société. » C’est-à-dire, qu’ils doivent eux-mêmes opérer les réformes que réclame l’état de la société, sans attendre que les exigences de