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« J’ai souvent observé que la cause du succès, ou du non succès des hommes dépendait de leur manière d’accommoder leur conduite aux temps. On voit les uns procéder avec impétuosité, les autres avec prudence et circonspection : or, comme dans l’une et l’autre de ces méthodes on ne suit pas la véritable route, on erre dans toutes les deux également. Celui qui se trompe le moins, et à qui la fortune sourit, est celui qui fait concorder, comme je l’ai dit, ses résolutions avec le temps et les circonstances ; mais on ne se décide jamais qu’entraîné par la force de son naturel…

« Ce qui assure aux républiques une existence plus longue et une santé plus vigoureuse et plus soutenue qu’aux monarchies, c’est de pouvoir, par la variété et la différence de génie de leurs citoyens, s’accommoder bien plus facilement que celles-ci aux changemens opérés par le temps[1]. Un homme habitué à une certaine ligne de conduite ne saurait en changer, nous l’avons dit ; il faut nécessairement, quand les temps ne peuvent s’accorder avec ses principes, qu’il succombe…

Deux choses s’opposent à de pareils changemens : d’abord c’est l’impossibilité où nous sommes de résister à la pente du naturel qui nous entraîne ; ensuite, la difficulté de se persuader qu’après avoir eu les plus grands succès en se conduisant de telle manière, on pourra réussir également en suivant une autre ligne de conduite. C’est ce qui fait que la fortune ne traite pas toujours également un homme ; en effet, elle change les circonstances, et lui ne change point sa méthode. Les États eux-mêmes périssent, comme nous l’avons expliqué plus

  1. La monarchie de la Grande-Bretagne fait exception à cette règle. Il est vrai que l’élément démocratique exerce une grande influence dans ce pays.