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publics ; mais on ignorait ces actes, tant il y mettait de la délicatesse ; et c’est ce qui explique sa modeste situation pécuniaire au moment qu’il abdiqua le pouvoir.

Ardent, énergique dans certaines occasions ou il fallait déployer la puissance de l’autorité, Boyer savait se modérer comme on pouvait l’attendre d’un esprit aussi éclairé ; la clémence dont il usa souvent le prouvé. Privé d’une instruction classique, comme presque tous les Haïtiens de son âgé, par lé système colonial, il sut acquérir des lumières par son goût pour l’étude. Doué d’une grande pénétration et d’une élocution facile, élégante, il se fit remarquer sous ce rapport entre tous ses contemporains, et il n’en fut lui-même que trop convaincu ; car, étant en outre très-spirituel, il abusa souvent de cet, avantage durant son pouvoir, en lançant des traits acérés contre ceux qu’il savait être opposans à son gouvernement, en ne ménageant pas assez les susceptibilités de l’amour-propre des fonctionnaires publics, des magistrats surtout, qu’il trouvait en défaut : par là, il irritait ses adversaires, il s’aliénait bien des cœurs. Mais, quand il voulait captiver quelqu’un, personne n’était plus séduisant que lui, par les formes caressantes qu’il employait, par le langage exquis dont il se servait.

La facilité qu’il avait à s’exprimer, jointe à la certitude de sa supériorité intellectuelle sur beaucoup de ses contemporains, et les premiers succès de son administration, n’ont que trop contribué à l’obstination qu’il a mise à ne céder en quoi que ce soit aux réclamations de l’opinion publique dont l’Opposition se fit l’organe. Il n’aimait pas d’ailleurs qu’on parût le devancer dans la conception d’une chose utile au bien public, et il trouvait alors mille raisons pour ne pas adopter ce qu’on lui proposait. Une