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tention n’étant pas de poursuivre mes Études historiques au-delà du renversement du président Boyer.

Au fait, je n’ai voulu qu’essayer d’écrire l’histoire de la génération qui prit les armes en 1790, et dont il a été le dernier et l’un des plus illustres représentans.

Boyer a conduit, achevé avec talent, l’œuvre glorieuse de cette génération par les grands faits de son gouvernement : — en réunissant toutes les parties de l’île d’Haïti sous les mêmes lois, sous le même pavillon ; — en constituant ainsi l’unité politique de la nation haïtienne par l’unité territoriale ; — en organisant l’administration publique d’une manière assez régulière, quoique, sous ce rapport, il laissât à désirer ce qui devait la parfaire ; — en donnant au pays une complète législation, par l’adoption des codes d’un peuple civilisé, par une infinité de lois sur toutes matières ; — enfin, en obtenant de la France la consécration solennelle de l’indépendance et de la souveraineté nationale, par des traités que précédèrent des négociations intelligentes, où il fit preuve d’autant de dignité que de patriotisme.

De tels faits suffisent sans doute pour recommander la mémoire de Boyer à là postérité. Et si l’on a suivi avec attention ceux où il a paru reprochable, on reconnaîtra, — j’aime à l’espérer, — que les défauts de son caractère en furent l’unique cause, car ses intentions furent toujours droites, son désir du bien incontestable. En lui, le tempérament dominait souvent la raison, mais celle-ci finissait par l’emporter après réflexion et par la bonté du cœur. Il a prouvé cette bonté par une infinité d’actes de bienfaisance exercés envers une foule de personnes qu’il assistait par des secours en argent tirés dé sa cassette particulière, alors qu’il se montrait si économe des deniers