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presque plus le fait des classes éclairées, — ce qui est regrettable, — le bien-être qu’elle eût pu leur procurer s’est trouvé déplacé et en faveur de celles qui s’en occupent. — L’industrie, réduite à l’exercice de quelques arts et métiers, n’a pas été de leur goût, à cause de leur instruction. — Le commerce, seul, restait comme un moyen de gagner leur existence ; mais, par cela même, il était difficile de surmonter la concurrence qui s’y développait naturellement.

De là leur inclination à se jeter dans les emplois publics auxquels les jeunes hommes de ces classes aspiraient encore par leur instruction, par le désir qu’ils éprouvaient de servir la patrie comme leurs devanciers. En les trouvant en quelque sorte fermés à leur désir, à leur ambition, ils devaient grossir les rangs de l’Opposition et la pousser, avec toute l’ardeur de leur âge inexpérimenté, dans la fatale voie qu’elle a parcourue.

La carrière militaire aurait pu suppléer à l’insuffisance des emplois publics ; mais elle tendait chaque jour à n’en être plus une, par la réduction successive de l’armée depuis que la paix intérieure était assurée, et que la paix extérieure n’était plus menacée. Au reste, cette carrière était soumise à des règles qui ne permettaient pas de la franchir promptement, pour arriver aux grades supérieurs qui procurent quelque aisance dans la vie, et l’on a vu comment Boyer fut avare de promotions envers les plus anciens serviteurs de la patrie. Sa résolution à cet égard était évidemment calculée : il voulait arrivera une situation telle, que le régime militaire ne dominât pas excessivement le régime civil, comme par le passé.

Ce plan a été singulièrement dérangé par la Révolution de 1843 ; mais je ne puis apprécier le résultat qu’elle a produit sous ce rapport, comme sous tous autres, mon in-