Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 11.djvu/337

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


était au port d’armes, les matelots rangés sur toute la longueur du navire. Les officiers l’avaient reçu, tous dans le silence et avec respect. Un moment après, la chaloupe arriva à bord, et les dames furent accueillies avec courtoisie.

Je pris congé du Président et de sa famille, pour me rendre à terre avec M. Ussher et le commandant Scharpe. Boyer me pressa dans ses bras, en me remerciant de l’avoir assisté et d’être resté auprès de lui jusqu’au dernier moment. J’avais rempli mon devoir.


Dans la journée du 13 mars, Boyer avait remis au sénateur Bazelais, président du comité permanent du Sénat, l’acte portant sa démission. Le 14, dans la matinée, ce sénateur convoqua les six autres membres du comité, MM. J. Daguerre, N. Viallet, Gayot, Bouchereau, Madiou et J. Paul. Ils se réunirent au palais du Sénat, dressèrent procès-verbal de la réception de cet acte, et en envoyèrent copie, par un message, au secrétaire d’État Pilié, en l’invitant à se charger des attributions du pouvoir exécutif, en vertu de l’article 147 de la constitution, et à donner publicité au procès-verbal contenant l’acte de démission[1].

Le même jour, M. Pilié accusa réception de ce document, et fit paraître l’acte suivant :

xxx « Le Secrétaire d’État provisoire

« Fait savoir officiellement au public que le Président

  1. Le mot abdiquer qui est dans cet acte souleva la colère du « chef d’exécution » à l’installation du gouvernement provisoire. « L’insensé ! dit-il, se croyait-il donc souverain ? » Non, Boyer ne le croyait pas ; mais il exerçait les plus précieuses prérogatives de la souveraineté nationale, d’après la constitution de 1816 ; il a pu dire : « J’abdique le pouvoir dont j’étais revêtu. » Dans l’ancienne Rome, on abdiquait le consulat et d’autres magistratures, et cependant le peuple romain était au moins aussi souverain que le peuple haïtien.