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Le 12, les troupes sous les ordres du général Méreaux étaient rendues devant Léogane. L’attaque dirigée contre cette ville ne fut pas sérieuse ; la garde à pied du Président, seule, commandée par le général Denis Tréméré et le chef de bataillon Terlonge, soutint un instant ce combat. Toute la garde nationale du Port-au-Prince passa du côté des insurgés, avec les autres régimens de ligne. Le sénateur S. Villevaleix se distingua par une bravoure inutile. La garde à pied et à cheval fut ramenée à la capitale, par les généraux Méreaux et Denis Tréméré, le colonel Balancé et le chef de bataillon Terlonge : ces officiers honorables surent inspirer à leurs subordonnés le sentiment du devoir imposé à ce corps d’élite envers le chef de l’État qu’il défendait spécialement.

À 2 heures de l’après-midi du dimanche 12 mars, Boyer fut informé de tout ce qui avait lieu devant Léogane[1]. Le résultat politique étant obtenu par l’issue du combat, il n’avait plus qu’à procéder aux préparatifs de son embarquement sur la corvette anglaise. J’allai au palais où je le trouvai presque seul ; pas un fonctionnaire public n’y était venu depuis quelques jours. C’est un curieux, sinon triste spectacle, que celui d’un pouvoir politique qui tombe devant une révolution accomplie par l’abandon de l’opinion publique. Chacun cherche à s’effacer le mieux possible, pour ne pas se compromettre envers le nouveau pouvoir qui va s’élever : le soleil levant paraît alors plus radieux que celui qui se couche.

Le Président était calme quand je le vis ; il me dit ce qu’il venait d’apprendre et me chargea de rédiger l’acte de son abdication, et d’aller faire savoir à M. Ussher qu’il

  1. Je crois que le lieutenant Legendre fut le premier qui vint donner cette nouvelle à Boyer ; il avait pris part au combat, une balle avait traversé son chapeau.