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où il voudrait aller. En cela, je suis certain que je ferais une chose agréable à ma souveraine. Je vous ai toujours dit que je n’approuvais pas entièrement l’administration du Président ; mais aujourd’hui je suis ému de la position où il se trouve envers Haïti qu’il a gouvernée avec tant de talent, et je voudrais pouvoir lui prouver ma haute estime : je ne puis oublier qu’il a signé un traité avec la Reine de la Grande-Bretagne. »

J’applaudis à ces sentimens et dis à M. Ussher que, le cas échéant, je communiquerais au Président son offre empreinte de tant de délicatesse. Ce moment survint bientôt : ce fut le 5 mars, jour où le Président apprit la défection de Jacmel et de son arrondissement.

J’allai au palais où je le trouvai sous le péristyle. Il me parla à voix basse de la nouvelle qu’il venait de recevoir, et il me dit qu’il était surtout étonné que des hommes de bien, tels que M. P. Carriès et d’autres, eussent consenti à faire partie du comité populaire de Jacmel. Je lui répondis qu’il ne devait pas, selon moi, s’étonner de cet entraînement général des esprits ; que dans les révolutions, les hommes qui jouissent de la considération publique doivent y souscrire pour les modérer par leur concours aux actes que nécessite la situation ; et que je me persuadais que M. P. Carriès et les autres agissaient dans cette intention. S’apercevant que notre conversation pouvait être entendue des personnes qui étaient sous le péristyle, le Président me fit passer avec lui dans le salon des généraux.

Là, il me dit : « Donnez-moi votre avis sur la situation où est le pays. Parlez-moi franchement comme vous l’avez toujours fait. » Je lui répondis : « Président je