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peler le général Victor Poil qui, apprenant les événemens, exprima la même idée que lui. Nous repoussâmes en vain, de nouveau, cette mesure militaire ; elle fut ordonnée, et aussitôt la capitale fut en proie à une fiévreuse agitation : tous les hommes s’armèrent, la garde nationale se réunit, tandis que les familles s’imaginaient que la ville allait être attaquée par l’armée populaire qui, en ce moment, se disposait à marcher contre les Cayes.

Le plus mauvais effet que devait produire cette alarme, c’était d’obliger les citoyens de la garde nationale urbaine à se trouver armés à côté des troupes. Ils étaient presque tous de l’Opposition ou ils allaient grossir ses rangs, à mesure qu’on apprendrait de nouveaux succès pour l’armée populaire ; et l’alarme devait encore agiter les campagnes voisines de la capitale. Le Président ne tarda pas à reconnaître ce résultat, et il l’aggrava en décidant que la garde nationale urbaine sortirait avec les troupes qu’on envoyait pour occuper Léogane : c’était enfermer le loup dans la bergerie[1].

Il ne donna pas le temps au général Inginac de respirer l’air de la capitale. En sa qualité de commandant de l’arrondissement de Léogane, il fut placé à la tête de cette petite armée, et il avait sous ses ordres les généraux Méreaux et Denis Tréméré. Confier à Inginac des troupes pour aller combattre l’ennemi, c’était l’exposer à peu près au ridicule : il était myope, il n’avait jamais fait la guerre, et depuis sa blessure en 1838, il était affaibli physiquement. Mais, conservant ses facultés intellectuelles, il reconnut le danger qu’il y avait à occuper Léogane où les femmes travailleraient l’esprit des troupes. Il les plaça sur l’habitation Dampuce,

  1. Les troupes sortirent le 27 février.