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Le général Inginac ayant appris la défection des troupes à l’Anse-à-Veau et à la Petite-Rivière ne pouvait plus rester au Petit-Goave où il n’avait ni soldats ni gardes nationaux ; il quitta cette ville dans la nuit même. Tandis qu’il était mal accueilli à Léogane par la population, par les femmes surtout ; qui lui reprochèrent la mort de Lamarre et celle de leurs parens dont on exagérait la perte, ce qui le contraignit à en sortir de suite pour se rendre au Port-au-Prince, le colonel Bazelais et moi arrivions en cette ville le dimanche 26, à 7 heures du matin.

La garde à cheval était cantonnée sur l’habitation Le Tort, et les troupes de la garnison rangées sur la place Pétion pour y passer la parade. On savait déjà la déconfiture de Lesieur, notre arrivée fit soupçonner à tous ces militaires que d’autres défections avaient suivi celle-là[1].

Au palais, nous trouvâmes le Président s’habillant pour aller passer l’inspection des troupes. Mon retour s’expliquait par la mission même que j’avais reçue ; mais celui du colonel Bazelais parut extraordinaire à Boyer. Lorsque cet officier lui en dit le motif, il resta étonné et indigné. Sa femme, présente à notre entretien, dit : « Comment ! même le régiment du Cap-Haïtien vous a abandonné ! » Le Prêsident, s’animant, nous dit : « Je ferai tirer l’alarrne et battre la, générale, afin que toutes les troupes marchent contra l’ennemi qui voudra envahir l’arrondissement de Léogane. — À quoi bon ? lui répondit le colonel Bazelais, que j’appuyai. Président, vous pouvez ordonner qu’elles soient mises en mouvement, sans recourir à ces sinistres appels aux armes qui vont effrayer la population et faire croire que le danger est plus grand. » Mais Boyer fit ap-

  1. Le 28, on apprit à la capitale la mort de Cazeau et la déroute, des troupes au Numéro-Deux.