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actuellement détenus seront mis en liberté ; mais si l’insurrection est étouffée, pourrai-je faire punir, eux ou tous autres, qui sont dans ses rangs et que l’on arrêterait ? Il y aurait alors trop de coupables pour en frapper un seul. Non, je ne le ferai pas. Quand j’ai fait rédiger le code pénal pour le soumettre à la législature, je n’ai pas voulu que la peine de la déportation y fût comprise comme dans le code français, puisque notre constante politique, d’accord avec la raison et nos intérêts, tendait toujours à accueillir nos frères venant de l’étranger. Cependant, si l’insurrection est vaincue, j’aimerai mieux commettre un acte arbitraire que de faire verser du sang, en déportant tous ceux qui seraient reconnus coupables : mieux vaudrait qu’ils fussent éloignés du pays pour un temps plus ou moins long, que j’abrégerais, ou tout autre chef à ma place. Au fait, les opposans à mon gouvernement sont des insensés qui ne comprennent ni la situation réelle de notre pays ; ni leurs véritables intérêts ; ils ont perverti l’esprit publie, et je ne leur souhaite pas autant de mal qu’ils s’en feraient eux-mêmes par leur succès. Oh ! ils s’en repentiraient, et en bien peu de temps ! »

Les sentimens exprimés par Boyer en ce moment étaient trop louables, pourvue je n’approuvasse pas sa résolution. Je lui dis que la déportation ou l’exil était déjà une peine assez redoutable, bien qu’elle laisse toujours l’espoir de rentrer dans la patrie, et qu’il vaudrait mieux, en effet, l’appliquer arbitrairement à l’égard des insurgés, le cas échéant.

Il me semble que le lecteur doit conclure de ce que je viens de dire : que le Président lui-même n’avait plus foi dans la durée de son gouvernement, et que s’il ne se porta pas avec les troupes, dans le Sud, c’est que son dégoût du