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Mais il est bien entendu qu’on ne doit livrer à la justice des commissions militaires que ceux qui seront pris, combattant contre la République ; ou qui seront reconnus être les chefs ou provocateurs de la révolte. Quant aux individus qui ont pu y avoir quelque part, mais qui ne se trouvent pas dans les deux cas ci-dessus exprimés, il vaut mieux les détenir en prison, après leur avoir fait subir les interrogatoires nécessaires, et ajourner leur mise en jugement devant le tribunal civil jusqu’à l’époque où le retour du calme permettra de mieux apprécier la nature du délit dont ils se seront rendus coupables… »

Et, en post-scriptum, de sa propre main : « N’envoyez pas ici les prisonniers dont il est question. »

J’étais auprès du Président, quand il donna l’ordre d’écrire cette lettre, au sénateur S. Villévaleix qui, vu l’absence du secrétaire général Inginac, avait été appelé pour diriger la correspondance du gouvernement : elle n’avait jamais été plus active que dans ces circonstances[1]. Après que ce sénateur, se fût retiré dans les bureaux, le Président me dit : « Il est inutile que je fasse juger qui que ce soit en ce moment, ni que je dise au général Borgella d’envoyer ces prisonniers ici. D’ailleurs, ajouta-t-il en souriant et d’un ton calme, qui peut me garantir que cette insurrection ne deviendra pas une révolution ; que je ne serai pas renversé du pouvoir ? Je vois parmi mes concitoyens si peu de conviction du devoir qu’ils ont à remplir envers la patrie ; cette Opposition a réussi à égarer déjà tant de gens qui ne comprennent pas leurs véritables intérêts, qu’il est fort possible qu’elle réussisse dans ses desseins. S’il en arrive ainsi, tous ceux qui sont

  1. Bien des officiers remplirent des missions sur divers points du pays.