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nement. Arrivé à minuit, Cazimir trouva ces officiers réunis ; ils veillaient, à raison de ce qui s’était passé dans là journée. — Vers 2 heures de l’après-midi, un canot monté par deux jeunes gens était entré à Saint-Marc, Venant de Jérémie ; Ces marins étaient porteurs d’une lettre qu’ils remirent au colonel Rigaud, et à laquelle il répondit immédiatement ; puis, le canot repartit. Dans la soirée, ce colonel, escorté de ceux avec lesquels il avait plaisanté de la proclamation du Président, visita les postés de la ville ; mais, parvenu à l’arsenal et voulant y entrer, l’officier de garde s’y opposa, parce que les officiers supérieurs de la place lui en avaient donné l’ordre, dès l’arrivée du canot : ils suspectaient le colonel Rigaud de trahison. Ces officiers engagèrent Cazimir à repartir de suite pour la capitale, afin d’informer le Président de ces faits. C’est alors qu’il envoya le Colonel Dalzon remplacer Rigaud[1]. Dalzon avait pour instructions : de le livrer au jugeaient d’une commission militaire, s’il tentait de faire la moindre résistance à l’ordre écrit de remettre le commandement ; et, s’il y obéissait, de le faire arrêter et emprisonner. Mais, Rigaud ayant obéi sans murmurer, Dalzon se borna à lui dire, qu’il ne fallait pas sortir de la ville de Saint-Marc : ce que fit Rigaud. Dalzon en informa le Président, à qui il répondit de lui, par la surveillance qu’il avait ordonnée à son égard[2].

Tous ces faits me furent racontés par Boyer lui-même. Il était encore indigné dé la conduite du colonel Rigaud, bien qu’il ne renouvelât pas l’ordre relatif à son emprison-

  1. Le 8 février.
  2. On sait cependant quelles vexations Dalzon subit de la part du général R, Hérard, pour avoir remplacé Rigaud à Saint-Marc. Ces injustices ont dû contribuer à la conduite que tint Dalzon dans la même année. Ce n’est pas une justification que je présente pour sa mémoire, mais je dois être impartial envers tous mes concitoyens.